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Le corps réfléchissant et le cerveau sensible
En
définitive, la science est arrivée à
la conclusion que seul un faible pourcentage de la communication
entre les neurones
dans le cerveau et dans le corps se fait par le biais des
synapses à l'extrémité des axones
et des dendrites.
Ce sont surtout les peptides et les hormones qui sont "lus"
et auxquels il est "répondu". Bien que les
peptides provoquent donc parfois, en tant que neurotransmetteurs,
le transfert des impulsions électriques entre les cellules
nerveuses dans les synapses, c'est surtout dans l'espace entre
les cellules du corps et dans la communication avec tous les
cellules du corps qu'ils font leur travail. Ils parcourent
ainsi de grandes distances via le liquide cérébrospinal
et aussi via le sang.
Le cerveau est d'ailleurs pénétré de vaisseaux sanguins qui influencent directement la composition du liquide cérébral. Même si, naturellement, toutes les substances chimiques du sang ne se retrouvent pas dans le liquide cérébrospinal. Pour beaucoup, c'est pourtant le cas, comme pour la plupart des peptides. La soupe biochimique du corps est donc une soupe de molécules d'information qui influencent directement notre cerveau et notre pensée : le corps réfléchit et sert donc à bien d'autres choses qu'à porter simplement notre tête.
Alors que l'on associe surtout la pensée au cerveau,
nous "ressentons" surtout les émotions et
les sentiments dans le corps. Cependant, la science a clairement
démontré que la stimulation de certaines parties
du cerveau, comme l'hypothalamus, l'hippocampe ou les amygdales,
provoque surtout une réaction émotionnelle.
Nous "ressentons" donc aussi avec le cerveau et
surtout avec les parties qui sont en rapport avec notre mémoire.
La sensation intuitive est apparemment une façon plus
rapide de consulter notre énorme banque de données
mémorielle et de faire des choix sur la base d'expériences
antérieures, que la pure "réflexion".
C'est simplement une autre façon de penser que la pensée
rationnelle et nettement plus rapide, quoique parfois moins
précise. Dans nos réflexes, la sensation joue
rôle énorme. Dans Le
fonctionnement du cerveau, nous avons déjà
indiqué comment l'hémisphère cérébral
droit est plutôt émotionnel et l'hémisphère
cérébral gauche plutôt rationnel.
La pensée et la sensation sont donc les deux faces d'une même médaille. Ce que nous considérons comme la pensée est l'aspect plus textuel, rationnel. La sensation est l'aspect plus visuel, émotionnel. La "pensée" est plus consciente, la "sensation" plus inconsciente. Et il n'est pas vrai que l'une provoque l'autre, elles se produisent simultanément, et ce tant dans le cerveau que dans le corps tout entier. Tout changement dans la biochimie du corps s'accompagne d'un changement mental-émotionnel dans le cerveau et inversement.
La pensée et la sensation ne se résument pas à la biochimie
De nombreux scientifiques et commentateurs ne peuvent s'empêcher de poser la question, sur la base des recherches sur le corps et l'esprit de la dernière décennie - avec un sens morbide de la relativité - de savoir si nos pensées et nos sentiments ne sont pas seulement déterminés par notre biochimie. Les sentiments les plus romantiques, les expressions artistiques les plus belles, les idées philosophiques ou les expériences spirituelles les plus profondes seraient donc réduites aux bouillonnements illusoires d'une soupe biochimique. C'est toutefois une platitude que la recherche scientifique ne soutient en aucune manière - bien au contraire.
Il y a, en effet, une différence énorme entre le software et le hardware, même si l'un ne travaille pas sans l'autre. L'électrochimie et la biochimie représentent effectivement le "stylo et le papier" avec lequel et sur lequel nous écrivons nos sentiments et nos pensées. Mais l'un et l'autre n'en sont pas pour autant moins autonomes. Il est exact que l'administration de certaines substances au corps peut contenir ou renforcer des sentiments et influencer ainsi notre pensée. Mais il est aussi un fait que si nous n'avons aucune raison de ressentir de la colère, de l'amour, de la tristesse ou de l'anxiété, on n'en retrouvera pas non plus de composant biochimique dans le corps. L'esprit et le corps sont un.
Il importe donc aussi de souligner que ce n'est pas le hardware, mais le logiciels qui est le maître. L'homme est parfaitement en mesure de se défendre contre des sentiments indésirables, qu'ils proviennent d'une réaction de notre vie psychique complexe à un événement ou d'un beefsteak englouti une petite heure avant. On ne peut et ne doit se laisser faire la leçon par le corps. Les solutions aux problèmes mentaux résident d'abord dans l'esprit même. Mais l'on peut se faciliter la vie en agissant plus consciemment par le corps par rapport à l'input, tant dans un sens positif que négatif.
De plus, il doit être clair que des idées comme
"voler est mal" ou "nous devons respecter la
nature", etc., sont autonomes, totalement indépendantes
de la biochimie. Le fait qu'elles surgissent dans notre cerveau
ou non, peut être déterminé par la biochimie
du corps et le moment. Et cette biochimie est déterminée
aussi bien par l'input dans ce corps que par notre pensée
même. Notre opinion sur ces idées est tout autant
indépendante de la biochimie, même si un repas
lourd peut rendre des problèmes environnementaux un
peu moins urgents et un régime de junkfood
peut laisser moins de place à des pensées altruistes.
Parce que travailler via le corps seul est donc insuffisant,
nous avons repris dans les Conseils
pratiques de Bomi-1 sur les sentiments de nombreux conseils
pratiques d'ordre purement psychique.
Généralement, il s'agit de nous concentrer
sur des modèles
de pensées et de sentiments positifs, tant via
le corps que via l'esprit.
Consommer moins pour favoriser un développement autonome de la pensée
Nous pouvons sentir et penser, le corps et l'esprit sont donc inséparables. Mais si nous voulons pouvoir développer une pensée et des sentiments de manière autonome, une réduction de la consommation est certainement recommandée. Dans notre société de consommation moderne, nos sens et notre système sont, en effet, si intensément et continuellement submergés d'informations de l'extérieur, qu'une pensée autonome est une illusion. La télévision et les autres médias, des friandises, des en-cas et des boissons sans relâche, sans compter toutes sortes d'influences jusqu'aux rayonnements électromagnétiques: elles ne nous laissent pas tranquilles un instant. Si la société de consommation est accroc à quelque chose, c'est bien à la distraction permanente de notre esprit.
La pensée et le sentiment autonomes se ramènent à des valeurs intérieures. Les sentiments les plus précieux ne se trouvent pas dans une barre de chocolat et même pas dans un biscuit Bomi-1. La véritable affection et l'amour authentique, une créativité pure, la force d'un épanouissement personnel, un humour pur, une paix intérieure consciente... c'est l'oeuvre de toute une vie. La critique la plus fondamentale de la société de consommation est donc qu'elle distrait continuellement du type de sentiments qui peuvent réellement nous rendre heureux. A telle enseigne qu'elle produit des individus tellement étrangers à ces sentiments que ces derniers ne peuvent que se sentir troublés et malheureux sans cette distraction perpétuelle. Ce qui entretient naturellement la société de consommation...
Evidemment, le choix d'y adhérer est libre. Quelle que soit la puissance de la tentation et de la pression sociale dans le sens d'une consommation infinie, choisir la sobriété, c'est se choisir soi-même. Le développement de pensées et de sentiments positifs est impossible sans une réduction de la consommation. Vivez et ne vous laissez pas vivre.
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