|
Modèles neuraux
Dans l'étude du fonctionnement
du cerveau, la lecture de nos pensées dans le cerveau
est peut-être la tâche la plus difficile. Le flou
est plus important à cet égard que les certitudes.
Bien que certaines fonctions soient reconnues à diverses parties du cerveau, les pensées ne relèvent généralement pas d'une seule partie du cerveau. Il s'agit toujours d'une communication entre des parties du cerveau. Cette communication se déroule pour une part importante par la liaison entre les cellules cérébrales et les parties du cerveau. Certaines parties du cerveau sont fortement reliées entre elles chez presque toutes les personnes et moins chez d'autres. Chez les femmes, la liaison entre l'hémisphère cérébral gauche et l'hémisphère cérébral droit est généralement plus forte que chez les hommes.
Indépendamment de ces voies de communication générales
dans le cerveau qui sont propres à notre espèce,
nous créons aussi continuellement de nouvelles liaisons.
Des modèles neuraux se produisent par l'effet de notre
pensée, des "voies" composées de neurones,
de dendrites et d'axones qui relient entre elles les parties
du cerveau. Plus nous suivons un modèle déterminé,
plus fort il devient ou "plus larges" deviennent
les modèles neuraux, c.-à-d. plus de neurones,
de dendrites et d'axones ou encore aussi des neurones plus
actifs, plus grands.
Sur le plan purement mental, il est clair que nous pensons en termes de modèles, qui reflètent notre avis sur les choses. Nous avons une vision déterminée sur telle ou telle chose et il nous est difficile de nous en départir. Cependant, nous avons aussi la possibilité de développer de nouveaux modèles de pensée et, sur le plan physique, cela se traduit par la formation de nouvelles liaisons entre les neurones et les parties du cerveau. D'autre part, il arrive aussi que l'on se bloque sur des modèles déterminés, de sorte que nous réagissons toujours de la même manière devant un événement déterminé, même si nous sommes bien conscients que ce n'est pas la manière idéale.
Le blocage de modèles neuraux se remarque nettement chez les personnes qui ont subi certains traumatismes et qui, en conséquence, réagissent compulsivement à certains stimuli. Mais tout le monde a vécu de petits traumatismes et est plus ou moins bloqué sur certaines modèles de pensée. C'est ainsi que beaucoup de personnes éprouvent des difficultés à entendre des critiques sur ce qu'elles font, car elles ont tendance à les prendre personnellement. Elles sont capables de comprendre leur erreur, mais ont malgré tout très difficile de réagir autrement. Le modèle neural concerné est tellement fort qu'elles y reviennent toujours.
Modèles biochimiques
Il est clair que les sentiments jouent un rôle important
dans la naissance et l'entretien des modèles neuraux.
Certaines parties du cerveau, comme les amygdales, sont particulièrement
impliquées dans les blocages émotionnels et
empêchent le cerveau supérieur de développer
une réaction rationnelle. Et qui dit sentiments, dit
aussi biochimie. Les concentrations, les emplacements et l'activité
des neurotransmetteurs,
des peptides, des
hormones et de
leurs récepteurs reflètent grandement la base
émotionnelle à partir de laquelle ils réagissent.
Les émotions contenues et bloquées sont "stockées"
dans la soupe biochimique de notre corps. Chaque modèle
neural se reflète donc sous forme de modèle
biochimique.
Tout comme les modèles neuraux, les modèles
biochimiques sont modifiables. Les concentrations, les emplacements
et l'activité de nos molécules d'information
et de leurs récepteurs peuvent être adaptés.
Il est clairement apparu d'expériences menées
sur des singes, par exemple, que le contact physique des singes
dépressifs avec d'autres singes pouvait entraîner
une augmentation du nombre de récepteurs pour le CRF.
Ils pouvaient ainsi échapper physiquement aussi à
leur dépression. C'est de ces recherches que provient
le slogan "Hugs not drugs". Un changement nos modèles
neuraux et biochimiques nécessitent toutefois du temps
et de "l'exercice". Les héroïnomanes
ont particulièrement besoin de temps pour reconstituer
leur capacité naturelle à produire des endorphines,
mais c'est tout à fait possible.
Pensées et sentiments positifs
Jusqu'à maintenant, le scepticisme régnait devant l'idée de la "pensée positive". Le rappel quotidien de pensées positives ne ressemble à première vue qu'à un petit jeu solitaire, qui n'a que la valeur qu'on lui prête. Aujourd'hui, il est clair cependant que la pensée positive est une manière très importante de remplacer des modèles neuraux et biochimiques négatifs par des modèles positifs.
Reprenons l'exemple d'une personne qui éprouve des
difficultés à ne pas prendre une critique pour
soi. Dès que quelquun émet une critique,
un rapide court-circuit se produit dans le cerveau et les
molécules
d'information correspondantes ainsi que leurs récepteurs
(surtout le système d'adrénaline et de noradrénaline)
perdent tous leurs repères. Lorsque cette personne
se représente ou se rappelle régulièrement
ce genre de situation, et voit ensuite en esprit les façons
positives de réagir à la critique, elle peut
développer et "élargir" des modèles
neuraux et biochimiques aussi bien purement mentaux que purement
physiques. Il est aussi possible de s'exercer à des
réactions purement physiques, comme le ralentissement
volontaire de la respiration, s'asseoir pour se détendre
les muscles, etc. Lorsque cette personne réussit alors
pour la première fois dans la réalité
à réagir à la critique d'une autre manière,
cela conférera beaucoup de confiance (en soi) dans
la nouveau modèle neural et biochimique, ce qui ne
peut que renforcer ce dernier.
L'importance de rituels quotidiens dans le développement plus général des pensées et sentiments positifs est énorme. Par exemple, une petite promenade dans le jardin avant d'entamer une journée de travail stressante. Les enfants sont très forts dans le développement de ces habitudes et ils renouent souvent directement avec elles lorsqu'ils ne se sentent pas bien ou doivent s'habituer à une nouvelle situation. Par exemple, l'habitude d'un long câlin avec un biscuit et un jus de fruit quand ils reviennent de l'école à la maison est particulièrement efficace pour se sentir de nouveau chez soi et activer les modèles de comportement et de sentiment attachés au "chez soi". Un couple confronté à un problème relationnel serait bien inspiré de stimuler les modèles de pensées et sentiments positifs au moyen de "rituels" connus lorsque le problème ne semble pas immédiatement soluble parce que "trop important" : allons dîner dans notre petit restaurant italien habituel, nous continuerons notre discussion demain. Chacun de nous a une pharmacie naturelle (ou drugstore) dans son corps, que nous pouvons activer par une attitude positive et une attention suffisante pour nos sentiments et notre biochimie.
Les hobbies sont une autre façon importante d'infléchir
des modèles de pensées et de sentiments négatifs.
En effet, quand on peut s'adonner entièrement à
quelque chose, cela vous permet de mettre un terme à
des modèles de pensées et de sentiments négatifs,
ainsi qu'aux modèles physiques, neuraux et biochimiques
correspondants. "Se retirer" dans son pigeonnier,
écouter un disque de Mozart, faire des tartes, peindre
des paysages, faire du jardinage, etc. toutes excellentes
réactions de protection dans la mesure où elles
ne vous empêchent pas d'aborder les problèmes
quand ils se posent. Cependant, la vie est jalonnée
de nombreux problèmes difficiles à résoudre
et pour lesquels l'acceptation est la seule possibilité.
Dans ce cas, cela n'a aucun sens de continuer à se
plaindre ou à ruminer et votre pigeonnier est alors
une excellente alternative. Vous lirez davantage à
ce sujet dans Le fonctionnement
des sens.
La partie L'alimentation
et l'esprit explique comment un changement de régime
alimentaire peut être une manière supplémentaire
importante d'infléchir de façon biochimique
des modèles mentaux négatifs.
Un corps sain dans un esprit sain
Les modèles de pensées et de sentiments négatifs peuvent susciter des maladies. De ce point de vue aussi, l'on observe dans la recherche scientifique une véritable évolution, en particulier par la découverte d'une relation très étroite entre notre biochimie émotionnelle et notre système immunitaire.
On a découvert, par exemple,
que les virus utilisent les mêmes récepteurs
que les neuropeptides pour pénétrer dans une
cellule du corps. En fonction de la quantité et de
la qualité des peptides endogènes, influencées
par notre humeur, un virus dispose donc de peu ou de beaucoup
de possibilités de pénétrer dans une
cellule. Notre humeur peut donc manifestement renforcer ou
affaiblir notre résistance naturelle. Le réovirus,
à lorigine du rhume, utilise par exemple le même
récepteur que la norépinéphrine (noradrénaline),
un neuropeptide présent dans une large mesure dans
le cas d'un bien-être très prononcé. Une
personne qui se porte comme un charme et qui est pleine de
vitalité attrapera donc moins vite un rhume car l'afflux
de norépinéphrine bloque les récepteurs
nécessaires au réovirus.
Se montrer quotidiennement attentifs à ses émotions, en réagissant plus consciemment avec nos sentiments et notre biochimie, par le développement et l'entretien de modèles neuraux et biochimiques positifs est donc d'une importance particulière pour notre santé physique. On a vraisemblablement encore que lever un coin du voile en la matière. Ce n'est donc pas seulement avec un corps sain que nous posons les bases d'un esprit sain, l'inverse est tout aussi vrai.
|